>Le Grenier

1 juin 2007

Le jour de l’aspirateur

Publié par merlinbreizh dans Humeur, Maladie, Santé, Vivre autrement

La vie s’égrène, ou plutôt, elle fuit
Goutte après goutte, elle s’échappe d’un robinet au joint douteux. Et aucun plombier, jamais, ne peut rien pour vous : trop de rendez-vous, pas le temps, débordé.

Une nuit, je me suis aperçu que la petite musique s’était interrompue. Plus aucune goutte ne s’échappait. Depuis quand ? J’ai souri en fixant machinalement mon image dans le miroir de la salle de bain. Mais c’était juste assourdissant ce silence tout à coup.

C’est à peu près à ce moment là que j’ai commencé à entendre mon coeur battre (frapper serait plus juste) dans ma poitrine. Je regrettais presque les gouttes de mon robinet. J’entendais ce fichu coeur de plus en plus souvent. Qui battait vite, de plus en plus vite, et de plus en plus fort, au point de m’empêcher de dormir à force de résonner à l’intérieur de mon fichu moi. Insupportable et angoissant.

Ce fameux matin, ma chérie m’a dit : “Ou bien tu passes l’aspirateur, où tu vas aux urgences !”
J’ai passé l’aspirateur consciencieusement, ne négligeant aucun recoin, débarrassant la poussière amoncelée, effaçant mes traces, puis sans rien dire, blanc comme un linge, sur un filet d’air qui me restait encore, je me suis traîné jusqu’aux urgences. Ils ont fait des radios, ils ont dit : “ça va aller” Puis ils ont dit : “Monsieur, je crois qu’on va vous gardez chez nous un petit peu.”

Ma tête, tout doucement est retombée sur le skaï froid de la table d’auscultation, j’ai fixé les néons blancs accrochés au plafond. Une larme a glissé, mécaniquement. J’ai pensé à la table de la morgue, j’ai cligné les yeux pour faire disparaître cette image. J’étais prêt. Je le savais. Depuis toujours je savais ce qui m’attendait. Je n’attendais même que cela : mourir vite.

Derrière les écrans de télé Florence Aubenas était prisonnière

Ca faisait bizarre. J’ai tenu le standard de Libé le soir pendant trois ans, je la connaissais. Pas très bien, mais elle m’était sympathique. Nous étions là, elle et moi, à nous regarder, elle assise auprès de ces tortionnaires, moi allongé, avec mes médecins omniscients qui me regardaient avec circonspection : SRAS, Sida, maladie mutante non identifiée ?

Ma mère n’est jamais venue me voir à Saint-Louis : “Tu comprends, Guy n’aime pas rouler dans Paris. Et puis c’est difficile de se garer”

Je remercie la maladie pour son aide précieuse
Sans elle, évidemment, je serais mort aujourd’hui. Mort de chagrin, d’effroi, de peur, de stagnation. Mort sans avoir compris. Comme l’autre (il se reconnaîtra).

Le Syndrome de Churg & Strauss est une maladie auto-immune qui touche une personne sur un million. Autant dire que j’ai de la chance. Elle peut vous tuer très rapidement, si vous en décidez ainsi, elle peut aussi se montrer gentille avec vous, si vous en décidez ainsi.

Aujourd’hui le robinet fuit à nouveau. A son petit rythme précieux. Je le regarde faire avec quiétude. Ma vie est différente, j’ai changé beaucoup de choses : tout. J’ai même accepter d’apprendre, pour une fois. Je ne compte plus les gouttes, simplement avec elles je vais et… Et je… goûte ?

Ben, pourquoi je parle de ça aujourd’hui, moi ?
Je sais. L’aspirateur : il faut que je passe l’aspirateur. Il y a un bordel ici.


P.S. : A ceux que cela intéresse, les maladie auto-immunes sont dues à une hyper sensibilité du système immunitaire. Autrement dit, votre corps considère certaines de vos cellules comme étrangères à lui-même et il tente, avec beaucoup de persévérance et d’efficacité, de les tuer.

Oui, votre corps cherche à vous tuer…

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