>Le Grenier

6 septembre 2007

Un jour G été mort

Publié par merlinbreizh dans Littérature, Maladie, Moi, Textes

La vie est étrange. On s’agite, on fait du bruit, on vibre, puis un jour, rien : le vide. Zéro. Zéro pour de bon. Plus rien qui aille. Votre concubine vous balance dans les dents « Où tu passes l’aspirateur où tu vas à l’hôpital ! Capito ? » Comme vous êtes un compagnon aimant, vous passez l’aspirateur, tel un zombi automatisé ; en toussant. Vous allez au devant des meubles, vous débarassez le plancher de la poussière, votre poussière. L’air vous manque. Vous êtes gris, ailleurs, distant. La distance entre les presque morts et les vivants s’installe sans qu’on s’en aperçoive. Un jour elle est là, comme un mur de Chine.

Vous vous rendez à l’hpôpital, comme on rend les armes. Une larme rampe sur votre joue, tombe à terre. Vous regardez la ville, le marché près de Ménilmontant, des visages s’impriment au plus profond de votre cerveau. A tout jamais. Tout jamais ? Mais ça veut dire quoi, quand, on plus profond de soi, on sait déjà. On sait qu’on ne sortira pas de l’hôpital aussi vite que ça. Des voix, des lumières, un brancard, une chambre (pas si mal en fait), des aides-soignantes, le silence. Rien qu’un silence négligent. Le temps. Je regarde la télé, de temps en temps. Florence Aubenas, alors, est aussi morte que moi. Une morte 2.0 : elle aussi. A des milliers de kilomètres, elle attend. Dans le noir de sa prison. Il neige et il fait froid à Paris. Je suis près, et j’attends. Oui, je suis près. Elle aussi j’en suis sûr. Il se trouve que nous nous connaissons. Un peu. J’ai travaillé à Libé, on se croisait parfois le soir. On se regarde, pour ainsi dire, par écran de télévision interposé. Il est facile de partir, d’abandonner sa vie, les siens, le monde, lorsque la maladie vous a bien éreinté, lorsque les talibans vous retiennent. Le corps humain est ainsi fait. Elle et moi, Florence Aubenas et Merlin, on est là comme deux cons à attendre : « et il est à quelle heure ce train pour l’au-delà ? » Finalement, il ne viendra pas. Il y a grève pour Florence et Merlin. Tant mieux.

Parfois (souvent) j’y repense. Peur que ça recommence. C’est comme une expérience, un happening où le temps n’a plus de valeur. Cela se joue dans l’espace qui sépare les secondes ; ce que l’on vit est violent, urgent, unique. On le ressent intimement. Ce qui se passe alors, c’est évident, on ne le revivra pas. Comment pourrais-je faire de ce moment un mauvais, un sale moment ? Non. Il s’agit d’un espace particulier, unique, incroyable hallucinogène et envoutant.

 

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